N° 34386269

Mon soutien psY : impact et cOnditions de miSe en Oeuvre en praTIques couranteS (MYOSOTIS), volet sociologique qualitatif

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Objectif(s) de la recherche et intérêt pour la santé publique

Finalité de l'étude

Définition, mise en œuvre et évaluation des politiques de santé et de protection sociale

Objectifs poursuivis

Politiques publiques de santé
Prise en charge des patients

Domaines médicaux investigués

Psychologie et psychiatrie

Bénéfices attendus

Les troubles psychiques constituent un enjeu majeur de santé publique en France. Leur prévalence élevée se traduit par un recours au système de santé pour près de 9 millions de personnes chaque année (Cnam 2026). Par ailleurs, un tiers des journées d’arrêt de travail sont liées à des motifs de santé mentale, qui représentent également la première cause d’arrêts maladie de longue durée (Cnam 2025). Ces éléments font des troubles psychiques le premier poste de dépenses par pathologie de l’Assurance maladie, avec un montant estimé à 29 milliards d’euros en 2024, soit 14% des dépenses annuelles totales remboursées (Cnam 2026). Ces troubles, et en particulier les plus fréquents d’intensité modérée, tels que certains troubles dépressifs ou anxieux, font l’objet d’un important recours en médecine générale, représentant au moins 15% des motifs de consultations dans ce secteur (HAS 2018), tandis que la moitié des personnes ayant vécu un épisode dépressif en 2024 n’a eu aucun suivi thérapeutique (Santé Publique France 2025). Les médecins généralistes jouent ainsi un rôle central dans la détection et la prise en charge de ces troubles. Toutefois, cette mission demeure complexe, en raison notamment du temps limité disponible lors des consultations et d’une formation spécifique lacunaire. Il en résulte un recours élevé aux traitements pharmacologiques, et notamment aux médicaments antidépresseurs, dont les médecins généralistes sont les principaux prescripteurs (HAS 2018). Cette tendance s’accompagne d’une augmentation préoccupante chez les jeunes, avec une hausse de 55% du nombre de personnes âgées de 12 à 25 ans ayant bénéficié d’une délivrance d’antidépresseurs entre 2019 et 2023 (de 21,4 pour 1 000 à 33,3 pour 1 000 jeunes) (Cnam 2024).
Cette situation contraste avec les recommandations de la Haute Autorité de santé et les données de la littérature internationale, qui reconnaissent l’efficacité des psychothérapies et les préconisent en première intention pour les troubles psychiques d’intensité modérée dans une logique de gradation des soins adaptée à la sévérité de leur symptomatologie (HAS 2017; OCDE 2025, 2026). L’accès à ce type de prises en charge est néanmoins limité en France. Cela s’explique en partie par le faible nombre de médecins généralistes formés à leur délivrance, l’inégale répartition territoriale des psychiatres libéraux (Coldefy et Gandré 2020) et leur recours important à des dépassements d’honoraires (Legal et al. 2025), ainsi que le recentrage progressif du système de santé mentale public sur les troubles les plus sévères dans un contexte de saturation chronique de l’offre de soins. En outre, il est observé un manque de liens formalisés entre les soins primaires et spécialisés, qui permettraient la mobilisation d’une expertise adaptée et des adressages rapides lorsque cela s’avère nécessaire (HAS 2018). Cependant, des barrières individuelles peuvent également exister, telles que la stigmatisation persistante des soins de santé mentale ou les contraintes de temps et d’organisation qu’impliquent l’engagement dans une psychothérapie (Berkout et Barena 2025).
Le suivi par des psychologues libéraux apparait comme un maillon essentiel pour améliorer l’accès aux soins psychiques. Toutefois, le recours à ces professionnels a longtemps été freiné par des barrières financières, liées à l’absence de remboursement par le système d’assurance maladie publique, au contraire d’autres pays – tels que l’Allemagne, l’Angleterre, l’Australie, la Belgique ou le Danemark (Gandré et al. 2019; Ly Serena 2025; Or et Minery 2024). L’expérimentation initiée en 2018 dans quatre départements français, visant à permettre une prise en charge à hauteur de 60% par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) (Gandré et al. 2019) – les 40% restant étant pris en charge par la grande majorité des complémentaires ou mutuelles, puis sa généralisation à l’échelle nationale à partir du 5 avril 2022, traduisent une volonté institutionnelle de répondre à ces enjeux. Les psychologues répondant à certains critères, notamment une formation initiale ou continue en psychologie clinique ou en psychopathologie et une expérience professionnelle d’au moins trois ans en équivalent temps plein, peuvent dès lors décider de se conventionner avec la Cnam. Cela permet le remboursement de leurs prises en charge, à compter de la date et pour la part de leur file active de leur choix. Le dispositif a en outre évolué au fil du temps afin de répondre à des demandes formulées par les professionnels, incluant la suppression de l’adressage préalable par un médecin généraliste ou une sage-femme ainsi que la revalorisation des tarifs de remboursement, passés d’un montant différencié de 40 euros pour la séance d’évaluation initiale et de 30 euros pour les séances de suivi à un tarif unique de 50 euros par séance. Ces modifications ont été rendues effectives à partir du 15 juin 2024 (dispositif dit ‘Mon soutien psy’) (Cnam 2026c, 2026b).
Les effets de la mise en œuvre de ce dispositif demeurent toutefois à documenter, tant pour les professionnels – dont l’adhésion fait l’objet de débats (Ciccone et Neffati 2025) – que pour les usagers bénéficiaires. Pour ces derniers, les pouvoirs publics ont notamment souligné la nécessité de développer des évaluations mobilisant les données de consommations de soins de l’Assurance maladie pour comparer les parcours des personnes ayant eu ou non recours à ce dispositif (DSS et DMSMP 2025).
Dans ce contexte, nous proposons un protocole de recherche dont l’objectif principal est d’évaluer le dispositif ‘Mon soutien psy’ en vie réelle – tel qu’il est mis en œuvre en France, qui mobilise des méthodes mixtes. Cette demande concerne uniquement le volet qualitatif de l’enquête, qui vise à comprendre la perception du dispositif par les bénéficiaires, les psychologues et les médecins généralistes, ainsi que les logiques et dynamiques de coopérations interprofessionnelles dans ce cadre.
Le volet qualitatif de la recherche vise à analyser, de manière compréhensive et sociologique, les conditions de mise en œuvre du dispositif. Il reposera sur trois enquêtes qualitatives, chacune correspondant à une sous population d’enquête.
La première enquête portera sur les psychologues libéraux, à partir d'une trentaine d'entretiens semi-directifs avec des psychologues participants ou non au dispositif. ‘Mon soutien Psy’ représente une démarche inédite relative au conventionnement de psychologues avec l'Assurance maladie, qui suscite des positionnements contrastés. D'un côté, ce conventionnement peut être valorisé comme une reconnaissance institutionnelle de la psychologie parmi les professions de santé. De l'autre, il peut être perçu comme une menace pour l'autonomie professionnelle d'un groupe qui s'est historiquement construit à l’extérieur du corps médical (Forner et Garnoussi 2022). Ce volet constituera ainsi une opportunité d'observer un conventionnement en train de se faire, et d'analyser la manière dont il reconfigure les pratiques professionnelles. Les entretiens chercheront à saisir les motivations des psychologues à s'engager ou non dans le dispositif, en les resituant dans leurs trajectoires professionnelles. Pour ceux qui y participent, une attention particulière sera portée à l'intégration du dispositif dans leurs pratiques professionnelles et tarifaires, ainsi qu'aux formes de coordination (ou d'absence de coordination) avec des médecins généralistes ou des psychiatres. Les entretiens permettront également de resituer le dispositif dans un ensemble plus large de pratiques professionnelles, prenant en compte la durée et la forme (notamment, en présentiel ou à distance) des consultations proposées. Afin de garantir la diversité des points de vue, l'échantillon variera selon les modalités d'exercice (cabinet individuel, regroupé, ou partagé avec des médecins) et les contextes territoriaux.
La seconde enquête s’intéressera aux médecins généralistes, également à partir d'une trentaine d'entretiens semi-directifs. Si ces professionnels occupaient initialement un rôle de gate-keeping dans l'orientation vers ‘Mon soutien psy’, le dispositif est désormais en accès libre. Il s'agira dès lors de resituer ce dispositif au sein d'un ensemble plus large de pratiques professionnelles relatives à la prise en charge des troubles psychiques. Ce volet comblera également un angle mort de la littérature française, qui documente peu le rôle des médecins généralistes dans le suivi des troubles psychiques – malgré leur position centrale dans la prescription de traitements pharmacologiques (HAS 2018). Il s’agira alors de comprendre dans quelle mesure le dispositif ‘Mon soutien psy’ est mobilisé par ces professionnels et quels patients ils y orientent. De plus, en miroir avec le premier volet d’enquête, il s’agira de comprendre quelles formes de coordination existent entre médecins généralistes et psychologues, et sous quelles conditions de possibilité. Ces pratiques seront resituées dans les trajectoires professionnelles des médecins et dans leur rapport au travail. Comme pour le premier volet, l'échantillon variera selon les modalités d'exercice, les contextes territoriaux et les caractéristiques socio-démographiques (âge, genre) des généralistes.
La troisième enquête, de nature exploratoire, portera sur les bénéficiaires du dispositif, à partir d'une quinzaine d'entretiens. Il visera à comprendre la place de ‘Mon soutien psy’ dans les trajectoires de santé et les trajectoires sociales des personnes rencontrées. Ce volet sera particulièrement attentif aux inégalités sociales de santé, et notamment ici dans l’accès aux soins pour les troubles psychiques d’intensité modérée. Cet accès aux soins se joue d’une part dans l’accès financier, ce que pourrait atténuer le dispositif, et ce à condition que les personnes ciblées en aient connaissance. Cependant, les troubles psychiques ont tendance à faire l’objet de stigmatisation, y compris par les personnes concernées (Goffman 1968). Toutefois, ces dernières décennies sont marquées par le développement de la place de la psychologie dans les manières de penser les problématiques du quotidien, qualifié dans certains travaux de ‘culture psychologique’ de masse (Schwartz 2012). Ce terme renvoie à la manière dont les catégories et les cadres interprétatifs issus de la psychologie comme discipline se diffusent largement dans la société, au point de devenir des ressources ordinaires pour penser et qualifier les interactions sociales ou les difficultés du quotidien. Cette diffusion reconfigure les rapports de classe à la ‘culture psychologique’ (Arborio et Lechien 2019; Schwartz 2012). Dans ce contexte, il semble particulièrement pertinent d’interroger le recours au dispositif ‘Mon soutien psy’ chez des bénéficiaires aux origines sociales variées. Celui-ci, en contribuant à institutionnaliser la psychologie comme soin de santé à part entière, participe-t-il à réduire les distances sociales à la ‘culture psychologique’ et à faciliter l’accès aux soins ?
Pour chacune de ces sous-populations, des entretiens semi-directifs seront conduits auprès de personnes volontaires, qui pourront être contactées au moyen de plusieurs méthodes : prise de contact avec des organisations professionnelles ou des associations de patients, prise de contact directe avec des professionnels, mobilisation des réseaux personnels et professionnels des enquêteurs (‘bouche à oreille’).

Données utilisées

Catégories de données utilisées

Informations relatives à la prise en charge sanitaire, médico-sociale et financière associées à chaque bénéficiaire
Informations relatives aux bénéficiaires de soins et de prestations médico-sociales
Informations recueillies à l'occasion d'activités de prévention, de diagnostic, de soins ou de suivi social et médico-social
Informations relatives aux conditions sociales, environnementales, aux habitudes de vie et au contexte socio-économique des personnes concernées
Informations relatives aux pathologies des personnes concernées

Source de données utilisées

Autre

Autre(s) source(s) de donnée(s) mobilisée(s)

Autre(s)

Appariement entre les sources de données mobilisées

  Non

Variables sensibles utilisées

Aucune

Recours au numéro d'identification des professionnels de santé

  Non

Plateforme utilisée pour l'analyse des données

Autre

Acteurs finançant et participant à l'étude

Responsable(s) de traitement

Type de responsable de traitement 1

Université, école, structure de recherches dans le domaine des SHS

Responsable de traitement 1

Denis Raynaud

23 Rue des Ardennes 75019 Paris 75019 Paris France

Localisation du responsable de traitement 1
  Dans l'UE
Représentant du responsable de traitement 1
Raynaud DENIS

Calendrier du projet

Date de début : 16/11/2026 – Date de fin : 17/11/2029 Durée de l'étude : 36
Etape 1 : Dépôt du projet
15/10/2026

Base légale pour accéder aux données

Encadrement réglementaire

Méthodologie de référence 004

Durée de conservation aux fins du projet (en années)

10

Existence d'une prise de décision automatisée

  Non

Fondement juridique

Article 6 du RGPD (Licéité du traitement)

(1)(e) exécution d’une mission d’intérêt public

Article 9 du RGPD (Exception permettant de traiter des données de santé)

(2)(j) archives, recherche scientifique ou historique, ou statistiques

Transfert de données personnelles vers un pays hors UE

  Non

Droits des personnes

Droit des personnes : Information écrite individuelle sur les modalités de recueil des données et leur traitement, ainsi que sur les droits des personnes enquêtées.
Information générale sur les droits des personnes enquêtées, également accessible en ligne sur une page dédiée à l'enquête.

Délégué à la protection des données

GIP-IRDES

23 Rue des Ardennes 75019 Paris 75017 Paris France

dpo@irdes.fr